Mouche
La mouche à l’air intrépide
Que j’ai voulu écarter
Qui gênait mon front livide
De philosophe inspiré
S’est reposée de plus belle
Sur le plus beau des poèmes
Et elle a su d’un coup d’aile
Embrouiller tous mes je t’aime.
Considérant que l’infâme
Méritait un châtiment
En rapport avec le drame
Je m’y suis pris hardiment.
J’ai armé un revolver
Un fusil quelques roquettes
Une ou deux, trois mitraillettes
Un bazooka ordinaire.
J’ai fait feu de tout mon style
Sans fair’ le moindre quartier
Mais tout était inutile
L’animal restait entier.
Quand après toutes ces salves
Ma chambre fut démolie
J’ai dit cette mouche est brave
Et j’ai posé mon fusil
Il restait un revolver
Un canon et des roquettes
Un ou deux trois mitraillettes
Un bazooka ordinaire
J’ai sous-estimé la bête
Il lui en faut plus que ça
Matons cette forte tête
Elle ira à Canossa
Je vais la réduire vite
A merci, à coups d’bâtons
De bâtons de dynamite
On va voir qui a raison.
C’est bien mieux qu’un revolver
Un fusil ou des roquettes
Une ou deux, trois mitraillettes
Un bazooka ordinaire.
A la fin mon envoi touche
Enfin j’en ai eu raison
J'ai pulvérisé la mouche
Et un pâté de maison
Tous ces procédés énormes
Pour abattre un moucheron
Dépassent un peu les normes
Et je te donne raison
Quand tu penses ma chère Anne
Que mes méthodes infectes
Me font faire un psychodrame
Pour un malheureux insecte
Qu’encore un’ fois j’exagère
Pour écarter de ma vie
Cet incommodant diptère
Une gifle aurait suffi
Pas besoin de revolver
De fusils ou de roquettes
Pas besoin de mitraillettes
Un bazooka pourquoi faire ?
Le plus léger des soufflets
Aurait réussi sans doute
Pour lui couper le sifflet
Ou pour le mettre en déroute
Un souffle un mot qui volète
Ca peut faire du dégât
Dans le cœur et dans la tête
Autrement qu’un bazooka
Un seul mot a bien suffi
En se posant sur ta bouche
A me réduire à merci
Un seul mot qui a fait mouche
Un petit mot à voix basse
Un mot qui vole et qui passe
Un mot d’adieu suffisant
Pour me réduire à néant.